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Etudier la philosophie à la fac

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Pourquoi étudier la philosophie ?

Si on étudie l’anglais parce qu’on aime communiquer avec les autres, les lettres parce qu’on aime les livres et la littérature, on choisit souvent de s’engager dans des études de philosophie à l’issue de la classe terminale parce qu’on veut penser par soi-même. L’étudiant en philosophie semble emporter sur ses camarades des autres sections une sorte de “ prime à l’intelligence ”. Il doit nécessairement être un peu philosophe, c’est-à-dire déjà penseur, survolant le monde de sa hauteur de vue et parfois un peu perdu dans les nébulosités. Ainsi entendue, l’arrivée du jeune bachelier en première année du DEUG de philosophie a toutes les chances d’être une déception.

En effet, penser par soi-même, si telle est bien la finalité ultime de tout enseignement et de celui de la philosophie en particulier, nécessite un apprentissage. Ici, comme dans les autres disciplines, il ne s’agit pas de débiter des opinions, des prénotions, des idées que l’on croit pourtant vraies parce que vous les aurez pensées vous-même. Il n’est même pas question de briller de tout l’éclat de votre style et d’éblouir vos professeurs par la nouveauté de vos vues.

Certes, les qualités d’écriture sont appréciées et la philosophie exige même par ses méthodes une constante attention au langage : les littéraires sont donc tout à fait à leur place en classe de philosophie. Mais il faut également faire preuve d’une extrême rigueur dans tous vos raisonnements et en cela, la philosophie a quelque chose de mathématique. Nombreux sont les mathématiciens qui, après une classe préparatoire scientifique et parfois l’admission dans une grande école d’ingénieurs, décident de se tourner vers l’étude de la philosophie.

L'enseignement

À ces deux premières exigences (vigueur du style et fermeté du raisonnement) s’ajoute un troisième point, tout aussi capital : c’est que l’enseignement de la philosophie est actuellement à l’université essentiellement celui de l’histoire de la philosophie. Cela signifie que vos premiers pas en philosophie seront extrêmement scolaires, qu’il faudra suivre des cours où l’on vous apprendra ce qu’ont dit les auteurs classiques dans leurs ouvrages classiques. Dans les premiers temps au moins, nul n’aura cure de votre “pensée”. Il faudra vous soumettre aux textes que vous lirez. Que vous soyez un fervent croyant ou un athée de principe, vous devrez pouvoir expliquer de la même façon un texte de Saint Augustin sur la création du monde. De même, vous devrez pouvoir expliquer calmement et méthodiquement des textes avec lesquels vous n’êtes pas d’accord.

Si donc vous avez choisi la philosophie en espérant enfin pouvoir dire ce que vous pensez, calmez vos ardeurs : on vous parlera peu du monde comme il va. La philosophie doit d’abord s’apprendre, démarche qui peut semble paradoxale : il faudrait donc apprendre des cours par cœur et les répéter ? Précisons : apprendre à philosopher, c’est apprendre à lire les auteurs, c’est-à-dire penser avec eux. Mais de quels auteurs s’agit-il ? Rangez dans vos tiroirs les œuvres complètes d’Alain Minc, d’Edgar Morin et de Bernard-Henri Lévy : elles vous serviront peu. Si on répète souvent en terminale que Hegel conseillait à chacun la lecture du journal tous les matins et si tel est bien ce qui vous passionne, orientez-vous plutôt vers les sciences politiques ou économiques. Quelle que soit l’intêrêt voire la nécessité pour chaque citoyen de lire un quotidien, l’étudiant de philosophie devra d’abord, dans le cadre de ses études, se pencher principalement sur les auteurs dits “ classiques ”. Platon, Aristote, Descartes, Leibniz, Spinoza, Rousseau, Kant, Hegel, mais aussi Husserl ou la philosophie analytique anglo-saxonne… seront à votre programme pendant vos premières années d’étude (DEUG). Si vous n’avez lu ni la Républiqueni la Critique de la Raison Pure pendant l’été qui sépare l’obtention de votre bac de votre entrée à l’université, n’ayez crainte : même s’il est bon d’avoir déjà quelques références philosophiques, les cours qui vous seront dispensés doivent vous permettre de lire ces textes avec vos professeurs, pendant ou en parallèle à vos cours.

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